Le géant chinois des batteries CATL a fait sensation au
salon de l'automobile de Pékin en dévoilant son modèle de
batterie au sodium Naxtra.
La première batterie au sodium pour
voiture électrique avec des
performances similaires aux batteries lithium-fer-phosphate (LFP) est
prête pour un déploiement commercial à l'échelle mondiale.
La production industrielle a démarré. Les constructeurs
automobiles devraient pouvoir proposer leurs premiers
véhicules électriques équipés de cette technologie d'ici fin 2026.
Cela constitue un véritable bond en avant alors que de nombreux constructeurs européens (Volkswagen,
Renault,
Mercedes ou encore
Volvo) s'intéressent à la technologie mais n'en sont encore qu'au stade de la R&D (très souvent avec des partenaires chinois).
La possibilité de faire passer massivement l'industrie du
véhicule électrique sur des batteries au sodium plutôt qu'au lithium présente de nombreux avantages dont un
coût réduit, une disponibilité des matières premières supérieure, de meilleures performances dans des conditions extrêmes de température et une plus grande sécurité.
Quelles seront les conséquences pour le consommateur et pour l'industrie ? Quels seront les premiers véhicules commercialisés avec cette nouvelle technologie ? Quelles différences entre ces nouvelles batteries au sodium et les batteries traditionnelles au lithium ? Comment fonctionnent-elles ? Quels seront les bénéfices concrets pour les automobilistes au quotidien ? Quelles économies peuvent-ils attendre sur le
prix d'
achat d'un véhicule équipé de ce genre de batterie ?
Solal Botbol, cofondateur et PDG de Beev (société spécialisée dans le passage au véhicule électrique) répond à ces questions.
Comment fonctionnent les batteries au sodium ?« Le principe est le même qu'une batterie lithium-ion : des ions circulent entre deux électrodes pour stocker et libérer l'énergie. La différence porte sur le porteur de charge. Ici, le sodium, qu'on trouve dans le sel, remplace le lithium. Et le sel, c'est une ressource quasi illimitée. »Quelles différences entre les batteries au sodium et les batteries au lithium ?« Le coût matières premières est divisé par 3 à 5, la stabilité thermique est meilleure, et les performances par grand froid sont supérieures. En contrepartie, la densité énergétique reste inférieure d'environ 30 %. C'est ce qui positionne le sodium sur la mobilité urbaine et l'utilitaire léger, et pas sur les longues distances. »Quelle est l'autonomie des batteries au sodium ?« La première génération industrialisée par CATL est à 175 Wh/kg, soit un niveau proche d'une LFP lithium. En usage réel, cela donne 300 à 400 km d'autonomie sur une citadine. C'est suffisant pour 90% des trajets quotidiens en France, qui dépassent rarement 50 km par jour. »Quels sont les temps de charge des batteries au sodium ?« On passe de 0 à 80 % en 15 à 20 minutes, au niveau des meilleures cellules lithium actuelles. La différence, c'est que ces performances ne s'effondrent pas par grand froid, là où le lithium chute de 25 à 30 %. Et la résistance aux cycles de charge rapide est documentée sur plusieurs milliers d'itérations. »Quelles seront les conséquences pour le consommateur des batteries au sodium ?« Le sodium est l'un des leviers crédibles pour démocratiser le véhicule électrique, en particulier sur l'entrée et le milieu de gamme. Cela permet des modèles plus abordables et plus sûrs, qui fonctionnent bien en hiver. C'est ce qui manque aujourd'hui pour convaincre les automobilistes encore en attente. »Quels seront les bénéfices concrets des batteries au sodium pour les automobilistes au quotidien ?« La perte d'autonomie hivernale tombe à environ 10 % à 20°C, contre 25 à 30 % sur un lithium standard. Le risque d'incendie devient quasi nul, ce qui change aussi le regard des assureurs. Et la durée de vie dépasse 4 000 cycles, soit 15 à 20 ans d'usage normal. »Quelles économies peuvent attendre les consommateurs sur le prix d'achat d'un véhicule électrique équipé de batteries au sodium ?« La batterie pèse aujourd'hui 30 à 40 % du prix d'un véhicule électrique. Le sodium permet de viser 20 à 30% d'économie sur ce poste, soit 2 000 à 4 000 euros répercutés sur une citadine. Une électrique sous les 20 000 euros devient crédible à 24 ou 36 mois. »Quand seront commercialisés les premiers véhicules électriques équipés de batteries au sodium ?« La production en série démarre cette année chez CATL, pour une mise sur les routes fin 2026 et début 2027, d'abord sur le marché chinois. En Europe, la diffusion industrielle se jouera plutôt sur 2027 et 2028. »Quels seront les premiers véhicules commercialisés avec cette nouvelle technologie ?« Les constructeurs chinois ouvrent la voie : BYD, Chery, JAC, sur les segments citadins et utilitaires légers. Les européens travaillent en R&D, mais la production industrielle n'est pas attendue avant 2028. C'est cohérent avec le retard accumulé sur les cellules ces dix dernières années. »Solal Botbol commente les perspectives qui s'ouvrent avec la batterie au sodium :
« Et si la vraie révolution électrique ne venait pas du lithium, mais du sel ? Avec les batteries au sodium, tout bascule pour l'industrie automobile puisque le coût de production se voit drastiquement réduit grâce à une ressource abondante et accessible partout dans le monde. De plus, là où la technologie lithium flanche en hiver, les batteries au sodium résistent et pourront continue d'alimenter notre mobilité même dans des conditions extrêmes. C'est donc désormais une technologie prête pour le réel : le froid, les usages intensifs, les besoins de masse. Au-delà de la voiture électrique, c'est tout le stockage d'énergie qui gagne en stabilité et en souveraineté.Et les batteries au sodium pourraient être le tournant qui va enfin démocratiser l'électrique à grande échelle. »