La Fédération des Industries des
Équipements pour Véhicules (FIEV) publie deux enquêtes qui illustrent
la dégradation de la situation des équipementiers automobiles présents en France.
L'analyse des résultats financiers 2024 de plus de 200 entreprises, couplée à une enquête sur l'activité et l'emploi menée en janvier 2026, met en évidence une filière
automobile sous forte tension : rentabilité dégradée, suppressions d'emplois, fermetures de sites et délocalisations accélérées au profit de pays à bas coûts industriels.
Une rentabilité sous très forte pressionL'analyse des résultats financiers pour l'année 2024 de plus de 200 équipementiers automobiles installés en France révèle une situation financière préoccupante, comparable à celle observée en 2023. Près de 40% des entreprises automobiles affichent un résultat d'exploitation négatif, perdant de l'argent sur leur activité industrielle courante. La situation n'est guère plus encourageante pour la majorité restante : plus de la moitié (52%) dégagent une rentabilité économique comprise entre 0 et 10%, un niveau extrêmement faible qui ne leur permet pas d'absorber les aléas économiques ou d'investir suffisamment. Seule une minorité (10%) maintient une rentabilité supérieure à 10%, seuil minimal de santé financière pour une entreprise industrielle.
Cette fragilité économique est d'autant plus préoccupante que 75% de leur chiffre d'affaires provient de la production, le cœur de leur métier, impliquant des investissements lourds en équipements et une main-d'œuvre qualifiée. Les services représentent 13% et les activités commerciales 12%, confirmant leur vulnérabilité face à la baisse des volumes produits.
Cette situation économique préoccupante s'explique notamment par une chute d'activité significative : près de 45% des entreprises automobiles ont connu une baisse de plus de 20% en 2025 par rapport à 2019, dont 19% avec une baisse supérieure à 30%. Par rapport à 2024, plus de la moitié (56%) ont enregistré une nouvelle baisse en 2025.
Les suppressions d'emplois se poursuivent à un rythme soutenuL'enquête menée auprès des adhérents de la FIEV en janvier 2026 documente une réalité sociale dramatique. 45% des entreprises ont supprimé des emplois en France au cours des douze derniers mois, et 50% en Europe hors France. Ces
coupes, qui se comptent en centaines et parfois en milliers, s'inscrivent dans un contexte de chute des volumes chez les constructeurs automobiles et d'absence de visibilité.
Les perspectives sont tout aussi inquiétantes : 35% des équipementiers anticipent de nouvelles suppressions en France dans les prochains mois, et 40% en Europe. À cela s'ajoute un recours significatif à l'activité partielle (entre 10% et 30% des salariés en 2025). Un équipementier sur cinq prévoit d'y recourir à nouveau dans les six prochains mois.
Des fermetures de sites à brèves échéancesDans les six prochains mois, 10% des répondants prévoient de fermer un site en France, et près de 13% en Europe, principalement en Allemagne.
Des capacités de production européennes condamnées à se réduire
Près des trois quarts des équipementiers (74%) anticipent une réduction de leurs capacités de production en Europe dans les cinq prochaines années. Pour plus d'un tiers (35%), cette baisse sera comprise entre 10% et 25%, et pour certains, elle dépassera les 25%, voire les 50%.
Cette perspective s'explique par plusieurs facteurs : la fragilité des activités liées aux motorisations thermiques qui représentent encore l'essentiel de leur activité, une montée en charge trop lente des véhicules électriques, et une concurrence accrue venue de Chine. Plus de la moitié des répondants (56%) sont confrontés à un risque de « dessourcing » dans des pays à bas coûts industriels. Près de la moitié des équipementiers (47%) ont par ailleurs subi des demandes de leurs clients constructeurs automobiles de transférer leur production de France vers des usines situées dans des pays plus compétitifs; principalement la Chine, le Maroc, la Turquie et la Pologne.
Certains répondants rapportent des demandes de « désophistication », c'est-à-dire un retour à des produits de générations antérieures. Ces demandes illustrent une forme de renoncement industriel.
Conscients des enjeux de compétitivité auxquels font face les constructeurs européens, les équipementiers automobiles s'inquiètent des effets à moyen terme d'un recours croissant à des fournisseurs chinois, redoutant l'affaiblissement progressif de la chaîne de valeur européenne, avec des fermetures d'usines, la disparition de l'ingénierie et la perte de savoir-faire.
Pourtant, la filière automobile européenne dispose d'atouts pour faire face à la concurrence automobile internationale. Ses équipementiers font partie des acteurs les plus innovants au monde et sont à l'origine de nombreux progrès technologiques dans l'automobile.
« Les filières française et européenne des équipements automobiles ont prouvé leur capacité d'innovation, leur engagement dans la transition écologique et leur excellence industrielle. Mais elles font face à une concurrence déloyale et à l'absence de mesures européennes de protection. Sans action rapide et déterminée, ce sont des milliers d'emplois industriels, des dizaines d'usines et des pans entiers de notre savoir-faire qui vont continuer de disparaître au profit de pays à bas coûts. » explique Jean-Louis Pech, Président de la FIEV.
Source: Fédération des Industries des Équipements pour Véhicules (FIEV)
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