Alors que le
véhicule électrique fait l'objet d'une adoption massive par le grand public en 2026, portée par la crise du carburant et d'aides à l'
achat comme les Certificats d'Economie d'Energie (CEE), une évolution plus discrète mais stratégique est en train de s'opérer au cœur de sa fabrication et elle pourrait conduire à une diminution des tarifs des véhicules.
Longtemps considéré comme un standard incontournable, le cuivre (qui est omniprésent dans les
véhicules électriques à travers leur réseau de faisceaux électriques chargé d'acheminer l'énergie et de faire circuler les données) voit aujourd'hui son hégémonie remise en question sous l'effet d'une flambée durable de son
prix (une hausse de 42% en 2025) qui pèse sur les coûts de production des constructeurs
automobiles.
Résultat, une alternative gagne du terrain : l'aluminium.
Déjà adopté par plusieurs acteurs majeurs du secteur, parmi lesquels
BMW, Tesla ou encore de nombreux constructeurs chinois, ce matériau est moins coûteux, plus léger et plus abondant. Il offre des perspectives concrètes en matière d'optimisation des coûts et pourrait redéfinir en profondeur l'équation économique du
véhicule électrique.
Dans ce contexte, Solal Botbol, cofondateur et PDG de Beev (spécialiste du leasing de véhicules électriques), propose un décryptage de cette transition encore peu médiatisée.
Alors que la question du prix de la
voiture électrique est l'un des principaux freins à une adoption massive, il apporte un éclairage sur les impacts concrets de cette transition vers l'aluminium, ses contraintes techniques et sur le rôle qu'elle pourrait jouer dans les stratégies tarifaires des constructeurs.
Face à l'explosion de la demande mondiale de cuivre, pourquoi l'industrie automobile électrique cherche-t-elle aujourd'hui des alternatives comme l'aluminium ?« Le cuivre a longtemps été le matériau incontournable des véhicules électriques grâce à son excellente conductivité, mais son équation économique est en train de changer. En trois ans, son prix est passé d'environ 7 300 euros à plus de 13 000 euros la tonne, sous l'effet cumulé du boom des véhicules électriques, de la transition aux énergies renouvelables et de l'essor de l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, après un ralentissement sur les marchés fin juin 2026, il est encore autour de 11 600 euros la tonne, contre environ 2 700 euros pour l'aluminium, l'écart reste donc conséquent. Pour les véhicules électriques qui intègrent plusieurs dizaines de kilos de câbles, faire le choix de matériaux alternatifs comme l'aluminium va avoir un impact direct sur les coûts de production et pourra contribuer demain à rendre les voitures électriques plus accessibles. »Au-delà du prix, quels sont les avantages qui pourraient pousser les constructeurs de véhicules électriques à remplacer progressivement le cuivre par l'aluminium ?« L'aluminium coche deux cases essentielles pour l'avenir du véhicule électrique : le coût et le poids. Beaucoup moins cher à la tonne que le cuivre, il est également environ 3,3 fois plus léger, ce qui représente un avantage majeur dans une industrie où chaque kilogramme compte. En réduisant le poids des faisceaux électriques, les constructeurs peuvent améliorer l'efficacité énergétique des véhicules et optimiser leur autonomie. Cette évolution illustre une tendance de fond : l'innovation dans la mobilité électrique passe aussi par une meilleure maîtrise des matériaux utilisés. »Quels sont les freins techniques à l'adoption massive de l'aluminium dans les véhicules électriques ?« L'aluminium n'est pas une solution miracle : sa conductivité électrique est environ 40 % inférieure à celle du cuivre, ce qui oblige les constructeurs à adapter leurs architectures. Pour transporter la même intensité, un câble en aluminium doit être environ 1,5 à 1,6 fois plus épais qu'un câble en cuivre. Mais même avec cette contrainte, il reste significativement plus léger et offre un avantage économique majeur. Les défis liés à la dilatation ou à la corrosion doivent encore être maîtrisés, mais pour certains usages stratégiques, notamment les câbles haute tension entre la batterie et le système électrique, l'équation reste clairement favorable à l'aluminium. »Quels sont les constructeurs qui ont déjà engagé cette transition dans leurs véhicules ?« La transition vers l'aluminium concerne aujourd'hui des constructeurs aux profils très différents, de Ferrari à Tesla en passant par BMW. Ferrari, pourtant peu contraint par les enjeux de coûts, l'utilise déjà largement dans ses châssis, ses moteurs et désormais ses faisceaux de puissance, notamment sur la 296 GTB hybride puis sur sa première électrique, la Luce. BMW expérimente les câbles aluminium depuis 2011 et généralise dorénavant cette technologie sur sa nouvelle génération "Neue Klasse". Tesla, de son côté, l'a intégrée dès 2019 avec le Model Y. Cela montre que l'aluminium devient un choix industriel stratégique sur le long-terme et pas seulement une solution d'optimisation des coûts à court-terme. »Pourquoi la Chine semble-t-elle prendre une longueur d'avance dans l'adoption de l'aluminium ?« En Chine, l'aluminium est devenu un véritable levier de compétitivité pour les constructeurs. Des acteurs comme XPeng ou Xiaomi l'utilisent déjà largement pour alléger leurs modèles et réduire leurs coûts de production. Cette dynamique est également soutenue par les pouvoirs publics chinois, qui ont appelé dès 2025 les industriels à réduire leur dépendance au cuivre. Dans un marché où la bataille se joue autant sur le prix que sur l'innovation, la maîtrise des matériaux est devenue un avantage stratégique majeur. »Cette transition du cuivre vers l'aluminium peut-elle réellement avoir un impact sur le prix des voitures électriques dans l'immédiat ?« Le passage à l'aluminium ne fera probablement pas mécaniquement baisser le prix catalogue d'un véhicule électrique dans l'immédiat, mais il représente un levier pour contenir l'évolution des coûts. Les économies réalisées sur le câblage pourraient notamment compenser une partie des hausses récentes liées aux batteries, à l'électronique embarquée ainsi qu'aux nouvelles réglementations. Selon JPMorgan, l'aluminium pourrait déjà remplacer l'équivalent de 2 % de la demande mondiale de cuivre dès cette année, avec des projections allant jusqu'à 25 à 30 % des composants en cuivre remplacés par de l'aluminium d'ici 2030. Cette transformation industrielle va donc durablement améliorer la compétitivité du véhicule électrique quoi qu'il arrive. »Source : Beev