Connectez-vous avec l’actualité automobile, les fiches techniques, les essais autos, les comparatifs autos, les promotions, les photos et les vidéos.
Véhicules électriques d'occasion : pourquoi la batterie haute tension reste le principal sujet d'inquiétude
Malgré la progression exponentielle des ventes de véhicules électriques, les interrogations autour des batteries ralentissent le marché des véhicules électriques d'occasion.
Le marché du véhicule électrique d'occasion entre dans une phase charnière.
En France, les véhicules électriques représentent près de 30 % des immatriculations neuves, et leur présence sur le marché de seconde main s'accélère fortement.
Pourtant, selon une étude menée par carVertical auprès de plus de 100 concessionnaires français, 62,4 % d'entre eux considèrent encore l'incertitude autour des batteries haute tension comme le principal frein à la revente d'un véhicule électrique sur le marché de l'occasion.
Entre manque de visibilité sur l'état réel des batteries de traction, difficulté d'évaluer leur durée de vie et inquiétudes liées aux coûts de remplacement, le sujet devient central pour les acheteurs de véhicules électriques d'occasion.
Moundyr Gainou, Directeur France de carVertical, entreprise spécialisée dans les données et historiques automobiles, décrypte les évolutions du marché des véhicules électriques d'occasion et les enjeux de transparence et de confiance
Pourquoi les véhicules électriques d'occasion sont-ils encore plus difficiles à revendre que les modèles thermiques ?
Globalement, lorsque l'on est habitué à une routine, nous n'aimons pas les changements, ni les surprises. Cela est humain. Et lorsqu'il s'agit d'une des plus grosses dépenses (après l'immobilier), la réflexion se fait par deux fois. En moyenne, un particulier change son véhicule tous les 5 à 6 ans et parcourt environ 100 000 km dans cette période.
Ainsi, l'investissement et donc l'amortissement jouent un rôle essentiel dans le choix d'un véhicule.
Le critère n'est pas tant le coût d'achat, mais surtout les coûts inhérents durant la vie du véhicule (entretiens planifiés, surprises, prix des pièces ou de la main d'œuvre).
Le parc du véhicule électrique d'occasion est en pleine croissance. Il est même naissant et se structure. La façon de vendre un véhicule électrique (BEV) diffère de celle d'une thermique (ICE). Les besoins aussi et donc faire coïncider une offre avec des besoins (explicite et implicite) des clients n'est pas chose aisée.
À cela s'ajoute le fait que la technologie continue à évoluer de façon importante et diffère d'un constructeur à un autre. Ainsi, comparer des BEV d'il y a 5 ans avec un autre qui vient de sortir, tout en surveillant les technologies en cours de lancement, cela met un doute et fait parfois repousser le choix d'un achat. Car un modèle d'occasion acheté aujourd'hui verra sa cote chuter si les nouveaux modèles continuent à faire évoluer la technologie de leurs batteries.
Pourquoi l'état de santé des batteries devient-il le nouveau critère clé du marché des véhicules électriques d'occasion ?
Un véhicule électrique est composé de bien moins de pièces détachées qu'un véhicule thermique. Une des parties les plus importantes en termes de fragilité mais aussi de coût reste la batterie. Elle est souvent placée à un point central, notamment sous le véhicule. Contrairement au remplissage du réservoir d'un véhicule thermique (qu'il se fasse tous les jours partiellement ou à 100 %), la quantité, la fréquence et le type de charge (lente ou rapide) auront une incidence sur la durée de vie de la batterie pour une électrique.
Ainsi, cela devient un nouveau paramètre que les futurs acheteurs doivent avoir le réflexe de contrôler au travers des indicateurs qui s'offrent à eux. Le type d'usage du ou des propriétaires joue donc un rôle important sur la santé de la batterie.
Durant les 10 ou 15 dernières années, le parc était acquis principalement en véhicules neufs et les propriétaires étaient sensibles et précautionneux à l'usage des batteries et aux méthodologies de recharge afin de les optimiser. Or, nous arrivons maintenant à un élargissement de la population sur l'usage des modèles électriques (grâce à des gammes de modèles bien plus larges). Et donc, il sera encore plus important de surveiller l'état d'une batterie.
Quelles sont les autres sources d'inquiétudes sur les véhicules électriques d'occasion ?
Lorsque l'on achète un véhicule, qu'il soit neuf ou d'occasion, notre premier réflexe est de voir le design extérieur, le confort intérieur, puis l'éventail des options. Ce qui nous donne une image précise d'un véhicule à l'instant donné.
Puis souvent, nous allons par réflexe nous pencher sur les factures, le carnet d'entretien, le contrôle technique et éventuellement regarder son historique grâce à nos outils comme carVertical afin de voir s'il y a eu un accident, une fraude quelconque et son lieu d'origine.
Ce qui devient nouveau et important est de devoir suivre l'état de santé de la batterie.
Celui-ci est matérialisé par le SOH (état de santé de la batterie) en %. Une batterie avec une mesure de SOH de 80 % signifie que sa capacité est de 80 % par rapport à son état neuf. Entre 80 et 100 %, son état est très bon.
Comment le vérifier ? Il y a plusieurs solutions possibles. Vous pouvez soit aller voir un concessionnaire de la marque qui peut l'effectuer (les coûts varient d'une marque à une autre). Il est aussi possible de le faire via des spécialistes s'ils sont équipés ou via des outils achetés en ligne. Mais attention à la qualité, qui peut être douteuse, car beaucoup d'outils ne savent pas lire de façon fiable les données du véhicule (tout comme les outils de diagnostic). Certains modèles de véhicules sont capables de donner leur propre SOH et donc de le rendre lisible directement sur le véhicule.
Il serait intéressant d'investiguer aussi sur l'usage qui en est fait : charge à domicile ou principalement en extérieur ? Et donc s'il s'agit de charges lentes ou rapides ? Car ce critère impacte directement la qualité résiduelle de la batterie. Ce qui peut donner des pistes : le propriétaire habite en maison ou en appartement, avec ou sans borne de recharge, recharge au travail ou uniquement en extérieur…
Il est aussi important de voir si le véhicule a déjà eu un accident ou un choc durant sa vie. Dans ce cas, le rapport historique est important, en y ajoutant aussi un contrôle visuel poussé. Les assurances sont extrêmement vigilantes sur ce sujet, car un choc important sur un VE peut être bien plus délicat que sur un modèle thermique.
La batterie est un élément central. Un choc important peut impacter son fonctionnement normal. Des éléments soudés peuvent avoir des microfissures (risque d'arcs électriques), des cellules peuvent s'abîmer (faisant diminuer le SOH) et il peut y avoir un déséquilibre thermique. Le tout ne se manifeste pas forcément immédiatement après un choc mais progressivement.
À quels types de fraude sont exposés les véhicules électriques d'occasion ?
Les escrocs se concentrent sur ce qui peut leur apporter une plus-value financière.
Et à ce jour, les éléments permettant de valoriser un véhicule sont : le modèle, le niveau d'équipement, le kilométrage et l'année. Et bien sûr l'offre et la demande permettant de faire varier les prix.
Contrairement à ce que l'on pense, un véhicule électrique n'est pas exempt d'une fraude au compteur. Sa réduction permet de faire augmenter fictivement sa « valeur marché ». Et nous commençons à le voir dans les rapports historiques générés.
À cela s'ajoute l'état de la batterie (SOH). Plus il est proche de 100 %, plus sa qualité est bonne. Il faut aussi s'assurer de l'authenticité du rapport et s'il y a un doute, ne pas hésiter à le refaire faire ou le faire soi-même auprès de professionnels. Car au-delà de l'âge et du kilométrage, le SOH représente une donnée importante. Car la batterie représente une partie non négligeable du coût du véhicule.
La fraude existe-t-elle sur les batteries de véhicules électriques ? Si oui, laquelle ?
Oui, comme partout et pour tout produit. Si le prix, le kilométrage ou le SOH vous paraît trop parfait, il faut essayer de comprendre pourquoi. Quel était l'usage du véhicule ? Est-ce que le véhicule a eu plusieurs propriétaires ou un seul ? Vient-il de l'import ou pas ? Statistiquement, plus il y a de changements de propriétaire, plus il y a perte de documents et donc de risque de biais d'information.
Dans le cas d'un véhicule électrique, et avec les pertes de valeur très importantes qu'il subit en ce moment, il est primordial de croiser un maximum d'informations. Au risque de tomber sur une fausse bonne affaire. Puis de s'apercevoir que soit le kilométrage, soit la valeur du SOH était totalement surestimée.
Comment éviter d'acheter un véhicule électrique d'occasion problématique ?
Une des solutions les plus simples pour minimiser les risques est d'avoir un maximum de traçabilité. Il faut vérifier les documents (factures, carnet d'entretien, contrôle technique), mais aussi leur authenticité. Voir si, sur ces documents, les kilométrages et les dates se suivent par exemple, voir si les entretiens ont eu lieu dans une même zone ou sont complètement déconnectés géographiquement. Ce qui pourrait mettre la puce à l'oreille.
Si le véhicule est entretenu dans le même garage (ou la même zone) et n'a eu qu'un propriétaire, cela rassure bien plus sur son suivi que s'il y a une succession de propriétaires sans documents. Le vendeur doit être en mesure de vous raconter une histoire et vous présenter des documents et non uniquement vous donner une suite de données techniques sans documents et sans traçabilité.