Bornes de recharge en surchauffe, recharges interrompues,
conducteurs de
véhicules électriques bloqués : en pleine canicule, les infrastructures de recharge électrique publiques montrent leurs limites. Le phénomène touche directement les 1,5 million de propriétaires de véhicules électriques en France.
Les chiffres révèlent l'ampleur du problème. Au-delà de 45°C, les bornes de recharge publiques déclenchent automatiquement leurs systèmes de sécurité pour éviter la surchauffe, réduisant ou interrompant la recharge. Exposées en plein soleil, sans toit ni protection thermique, elles délivrent jusqu'à 350 kW de puissance, soit une combinaison explosive par forte chaleur. À l'inverse, 90% des recharges s'effectuent à domicile, dans des conditions thermiques maîtrisées, sans aucune interruption.
C'est tout le modèle de déploiement des bornes publiques qui est en question. Car si les infrastructures privées résistent naturellement mieux aux épisodes caniculaires, les pouvoirs publics continuent d'investir massivement dans des bornes rapides en extérieur, sans jamais imposer de normes thermiques minimales.
Adrien Navarro, président d'Eve Car Plug (installateur et opérateur de bornes), apporte son éclairage sur le fonctionnement des bornes publiques de recharge lors des épisodes de fortes chaleurs.
Pourquoi les bornes publiques sont-elles plus vulnérables à la chaleur que les bornes privées ?"Si on parle des bornes DC (rapide, ultra rapide, donc beaucoup plus puissantes que les bornes à domicile), alors oui elles sont plus vulnérables. Cette puissance crée une chaleur interne énorme dans la borne (effet Joule), souvent accentuée par leur implantation (aire d'autoroute avec peu de végétation, beaucoup de bitumes, absence d'ombre). Aussi, les recharges s'enchaînent sans laisser le matériel refroidir. En pleine canicule cette chaleur peine à se dissiper et peut entraîner des problèmes à l'usage."À partir de quelle température une borne risque-t-elle de s'arrêter en pleine recharge ?"Toutes les bornes ne sont pas comparables, certaines refroidissent mieux que d'autres. Se fier uniquement à la température extérieure n'est pas fiable. De plus, elle ne va pas forcément s'arrêter mais peut brider sa puissance (par exemple passer de 250 KW à 120 KW) pour limiter l'effet joule. La température de fonctionnement interne max est autour de 80° généralement. Les plages d'utilisation de température extérieure dans les fiches techniques des fabricants font souvent état de 50°C.Ce qu'il faut noter c'est que la température des batteries de la voiture sont aussi des facteurs limitant. Si la batterie est trop froide (hiver) ou trop chaude (été plus autoroute) alors, la voiture va limiter la puissance de charge pour éviter une surchauffe."Comment les systèmes de gestion intelligente permettent-ils d'anticiper ces pics thermiques ?"La borne va moduler sa puissance et donc son effet joule (sa chauffe) grâce à des capteurs de température couplé à un système de smart charging, donc l'utilisateur chargera moins vite qu'en temps normal mais pourra quand même charger.Le fait que les bornes soient connectées au réseau de distribution peut permettre de faire baisser la sollicitation du réseau électrique (par exemple à réception d'un signal envoyé par Enedis), va permettre de limiter l'impact de la charge sur le réseau.Si on parle vraiment d'anticipation, les logiciels de pilotage des bornes (supervision ou CPMS) peuvent être couplés via API aux données météorologiques locales et peuvent, les jours de forte canicule, imposer aux bornes des consignes de puissance bridée pour prévenir une éventuelle surchauffe. "