L'autopartage reste une pratique confidentielle subventionnée portée par les collectivités
L'
Ademe vient de publier son Enquête Nationale Autopartage 2025, qui révèle qu'
un véhicule partagé pourrait remplacer entre 5 et 7 voitures individuelles et permettre
jusqu'à 1 000 euros d'économies annuelles par utilisateur.
Dans un contexte de pression croissante sur le pouvoir d'
achat, de hausse des coûts liés à l'
automobile (carburant, entretien, stationnement,
assurance) et de transformation des usages urbains, l'enquête de l'Ademe met en lumière une évolution profonde du rapport des citadins Français à la
voiture : pour de plus en plus de citadins, il ne s'agit plus forcément de posséder un véhicule, mais d'y accéder ponctuellement.
Selon l'Ademe, il y aurait
14 000 véhicules partagés en France.
L'exemple francilien montre le poids des collectivités dans l'autopartage : Ile-de-France Mobilités va lancer un service public d'autopartage avec un objectif de 5 000 voitures
Qu'est-ce que l'autopartage ?« L'autopartage est un service où l'on loue un véhicule pour un temps limité, à l'heure ou à la journée, et où l'on peut être seul dans la voiture » résume Mathieu Chassignet, ingénieur mobilités actives et partagées et pilote de l'étude à l'Ademe.
Ce n'est pas du covoiturage.
« Le covoiturage, c'est quand on partage une voiture pour un trajet commun, avec un conducteur et des passagers » précise Mathieu Chassignet.
Cinq formes d'autopartage principales coexistent aujourd'hui en France.
Il y a l'autopartage
en boucle via un opérateur, qui propose des véhicules en libre-service avec restitution au point de départ, à une tarification à l'heure et au kilomètre, carburant inclus. C'est un pilier du secteur avec une grande diffusion.
Ensuite, il y a l'autopartage en
entreprise et l'autopartage
résidentiel, qui sont des formes d'autopartage en boucle proposées respectivement par l'employeur ou par une résidence.
Plus connu dans les grandes agglomérations comme Paris, l'autopartage en
free-floating via un opérateur offre des véhicules en libre-service, accessibles 24h/24 et 7j/7, à une tarification à la minute ou aux 15 minutes. Ceux véhicules peuvent être empruntés et restitués à deux endroits différents.
La
location de voiture entre particuliers est une forme d'autopartage, qui consiste à mettre en relation par une plateforme les propriétaires de voitures et les personnes souhaitant en louer.
L'
autopartage entre particuliers est une pratique plus informelle où les prêteurs et emprunteurs des véhicules sont des personnes n'appartenant pas au même ménage, sans que le propriétaire du véhicule ne réalise de bénéfice. « Plus de la moitié des personnes qui font de l'autopartage entre particuliers habitent dans des aires urbaines de moins de 100 000 habitants », souligne Mathieu Chassignet. L'autopartage traditionnel se concentre surtout dans les grandes agglomérations.
Des motivations économiques avec des gains écologiquesSi l'autopartage séduit, c'est pour des raisons économiques. « C'est la principale motivation, explique Mathieu Chassignet, car pour des personnes qui utilisent rarement une voiture, c'est beaucoup plus économique d'avoir recours à l'autopartage que d'
acheter sa voiture ». C'est aussi beaucoup plus pratique, car cela évite les contraintes d'entretien, de stationnement ou d'assurance (qui ont aussi un
coût).
Les chiffres de l'enquête de l'Ademe indiquent qu'une voiture en autopartage permet d'éviter entre 18 000 et 48 000 kilomètres parcourus en voiture individuelle. À l'échelle individuelle, cela se traduit par une réduction de 750 à 2 000 km par an pour un usager moyen, soit une économie annuelle entre 400 euros et 1 000 euros. Parmi les utilisateurs de l'autopartage en boucle, 60 % se sont séparés d'un véhicule après leur inscription. « Et pour la moitié d'entre eux, cette démotorisation est directement liée à l'autopartage » précise Mathieu Chassignet. Dans les faits, une voiture en autopartage en boucle permet de remplacer entre 5 et 7 voitures individuelles. Chaque véhicule partagé libère entre 1 et 1,9 place de stationnement sur la voirie publique, dans des villes où l'
espace se raréfie.
Une culture du partage qui s'installe progressivement« Nous avons interrogé un échantillon représentatif de 1 000 conducteurs, explique Mathieu Chassignet,
et nous nous sommes rendu compte que 59 % d'entre eux connaissent l'autopartage et savent à quoi cela correspond ». Une notoriété en forte hausse, qui s'explique par une meilleure visibilité des services et une culture du partage qui s'installerait progressivement dans le pays.
Les autopartageurs : des citadins… mais pas queLongtemps réservé aux urbains diplômés et aisés, l'autopartage voit son public se diversifier.
« Les usagers restent majoritairement des citadins diplômés et issus de catégories socioprofessionnelles supérieures, mais l'émergence de l'autopartage par l'employeur et de l'autopartage entre particuliers favorisent une inclusion sociale et territoriale accrue », note Mathieu Chassignet. Si l'autopartage en boucle touche surtout les 30-60 ans des grandes agglomérations, son déploiement progresse dans les petites villes, et l'autopartage entre particuliers séduit davantage les ménages modestes et les habitants des petites villes et zones rurales.
Le poids des collectivitésL'autopartage ne peut pas se développer seul.
« Il y a une vraie complémentarité entre l'autopartage d'une part et d'autre part les transports collectifs et le vélo » insiste Mathieu Chassignet. Une personne qui a besoin d'aller travailler en voiture ne va pas passer à l'autopartage. À l'inverse, les gens qui se déplacent au quotidien en transport collectif ou à vélo et qui gardent une voiture pour des trajets très ponctuels ou des week-ends une fois de temps en temps sont les cibles idéales. Les collectivités doivent soutenir l'offre d'autopartage en accordant des emplacements sur la voirie, en communiquant sur les services existants ou en utilisant elles-mêmes le service pour les trajets des agents. En parallèle, les collectivités peuvent développer les alternatives à la voiture comme les transports en commun ou les aménagements cyclables pour créer un écosystème multimodal cohérent. Elles peuvent aussi mettre en place des contraintes sur la voiture individuelle, notamment via le stationnement payant ou la réduction des places dédiées.
Vers une mobilité moins centrée sur la possessionL'autopartage s'inscrit dans une transition plus large vers une mobilité plus sobre et plus partagée.
« L'autopartage est un service assez optimisé. En quelques clics, je réserve ma voiture, je la prends et je n'ai pas à me soucier de tout ce qui est entretien, revente, parking, etc. » résume Mathieu Chassignet. Les usagers interrogés dans le cadre de l'étude confirment cette désacralisation de la voiture. «
Je n'ai jamais été très attaché à ma voiture, pour moi c'est un outil », explique l'un d'eux. « J'ai arrêté d'avoir une voiture à partir du moment où le stationnement est devenu payant partout dans la ville » témoigne une autre. À l'inverse, le modèle montre ses limites dans certaines zones rurales, où l'offre reste trop faible.
« Je crois que je suis en train de renoncer à l'idée de ne pas avoir de voiture à la campagne. Il faut que j'aie une voiture, sinon c'est juste trop lourd à gérer » avoue une usagère de l'autopartage entre particuliers dans ce cas.
« L'autopartage, c'est une solution d'équilibre entre réduction de la possession automobile et maintien d'un accès ponctuel à la voiture », résume Mathieu Chassignet. Reste à lever les derniers freins : visibilité, accessibilité et coût.
L'autopartage est connu, mais peu utilisé. Selon l'Ademe, il y aurait
14 000 véhicules partagés en France.....pour 40 millions d'automobilistes.
Source: Enquête Nationale Autopartage 2025 de l'Ademe
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Photo ville-circulation-trafic-passage-cloute-12259883 de Amaury Michaux sur Pexels